Ce n’est plus nous qui regardons la mer par la fenêtre, ce sont les poissons qui regardent nos maisons
Là où avant se tenait l’horizon, se trouvent maintenant les toîts du canton

L’océan auparavant lointoin, désormais à portée de main Mange les plages, mange la côte,
Pour ne plus rien laisser demain

Le pavillon autrefois dominant, petit à petit devient croulant,Sous la baie il s’est retrouvé, ses habitants noyés

Prendre le large, se laisser bouffer, Coupable et mal intentionné,

Les petits voilages du poissonnier, sous la mer, flottent désormais.

Novembre 2015 –
Pendant plusieurs jours, j’ai travaillé à la construction des Structures immergées à bord du Grand Largue. Nous étions partis de Lorient pour passer quelques jours sur l’île de Groix et le voilier étant à quai, nous saisissons l’opportunité
de découvrir les trésors du canton et de partir à la rencontre des Groisillons et Groisillonnes. Le froid de Novembre ne fait pas le poids face au plaisir que l’on a de se retrouver sur le pont, pour profiter du faible soleil et de l’énergie qui nous emplit. Assise à l’avant du bateau, je réunis tous les objets que j’ai pu amasser dans le bourg, sur la plage et autour de la capitainerie. La plupart des matériaux que j’ai choisis sont issus de la pêche, entre cordages et bouées, mais aussi des divers petits commerces locaux. La priorité étant de me servir exclusivement de ressources provenant de Groix. En assemblant toutes ces formes, j’ai pris soin de bien ficeler chaque composition, sans pouvoir contrôler en amont l’aspect défi- nitif qu’elles auraient une fois déployées sous l’eau. Le hasard avait donc un rôle à jouer dans la réussite de cette installation.
Un matin, à bord du Zodiac, j’ai les pieds ensevelis sous ces agglutinations colo- rées. Pas très sûre de mon coup lorsqu’on approche du spot, qui est remplis de méduses flottant à la surface. Mais je prends de grandes respirations, je plonge sans aucun matériel ni combinaison, rendant ce moment encore plus intense à mes yeux. Les pièces de prime abord inanimées, se révèlent alors, une fois lestées dans l’océan à plusieurs mètres de profondeur. Les masses amorphes changent d’état, se déploient et prennent une toute autre dimension, telles des silhouettes fantomatiques.

Mais la situation critique des océans et de la planète en général m’alar- mant tous les jours un peu plus, j’ai pris conscience il y a peu de la forte direction engagée que prenait ce travail. C’est pourquoi j’ai décidé de le reprendre en 2019 et de donner une suite à cette expérience. J’aimerais pousser ces compositions et imaginer des structures à l’avance, que je réaliserais de la même façon avec des objets échoués, pour les mettre une dernière fois à l’eau avant de les lui retirer à jamais. Le thème de l’appel à projets que lance le Festival Photo du Guilvinec est en parfaite adéquation avec les directions de recherches de mon projet. Et plutôt que de me tour- ner vers l’alliance aimante de l’Homme et de la Mer, je pose ici un regard plus critique, dans l’espoir de pouvoir renouer cette relation respectueuse, de façon pérenne.