After the Beginning, Before the End

2012-19… , site web (blog)

http://www.reynalddrouhin.net/works/aec/

Résumé

Autoportrait en cours(e) – After the Beginning, Before the End

Métaphore de la pratique artistique, ce projet atteste d’une activité quotidienne, routinière, endurante. Par la collection de selfies, de données de géolocalisation et de mesures (quantified-self), un autoportrait se construit peu à peu, témoignant de la globalité d’une expérience (de vie, artistique). La technologie et les objets connectés offrant de plus en plus de captations possible, ils participent à l’évolution et à la multiplication des transcriptions envisageables.

Sur les traces de l’auteur Haruki Murakami (Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, What I Talk About When I Talk About Running, Haruki Murakami, 2007), inspiration du projet, il s’agit de l’expérimentation d’un protocole défini en fonction de l’environnement (géolocalisé et traçable) et la représentation de ce qu’il implique comme conséquences sur la pratique.

Note d’intention

Autoportrait en cours(e) est un projet en développement sur le long terme (données collectées depuis 2012), comme en « tâche de fond », mais toujours présent dans mon quotidien. Fin 2019 date de la mise en ligne au publique, 800 « courses » ont déjà été  enregistrées.

Il atteste à la fois d’une partie – parfois privée – de ma vie : par la captation de (certains) déplacements quotidiens, la présence dans les images d’éléments de ma vie personnelle (situations, rencontres, enfants…), et témoigne de mon évolution au fil de ces dernières années. Tel qu’à travers des autoportraits d’artistes au travail (voir, par exemple, les autoportraits de Roman Opalka et plus généralement l’autoportrait dans l’Histoire de l’art), je cherche à capter un portrait au sens large, dévoilant plus que ma simple « image ». Ces selfies sont certes de multiples autoportraits, mais aussi des indicateurs de mon activité, d’une habitude, d’une façon de vivre (la pratique de la course est à la fois un signe de l’époque et un élément de rituel que l’on retrouve par exemple chez Haruki Murakami comme une hygiène de vie nécessaire à la création).

Le titre, Autoportrait en cours(e), signifie autant ce que l’on voit (des portraits pris lors de courses) que ma volonté de me représenter sur une durée et en évolution. Je cherche à capter un « portrait » – impossible ? – témoignant de la globalité d’une expérience (de vie, artistique, en mouvement…).

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Photographie noire blanc sur papier, 24×30,50 cm. « … ce que je nomme mon autoportrait, est composé de milliers de jours de travail. Chacun d’eux correspond au nombre et au moment précis où je me suis arrêté de peindre après une séance de travail. « 

Sorte de métaphore de la pratique artistique (Cf. Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki Murakami, 2007, ed 10-18), ce projet atteste d’une activité de running régulière, répétée (routine) et endurante, et croît au fil de l’exercice. Le projet lui-même influence ma vie en motivant des pratiques personnelles (accentuation et diversification des activités sportives, systématisation de l’enregistrement) et atteste d’une progression : le projet se développe (ajout et variation des données enregistrées, élargissement de l’environnement qui est « capté »), la technique se perfectionne, j’avance.

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Allégorie du temps gouverné par la prudence (1560) : C’est un portrait de trois hommes et de trois animaux. Au-dessus de leur têtes on peut voir une devise en latin: ex praterit o praesens prudenter agit nefutura actione deturpet, qui veut dire « informe du passe le présent agit avec prudence, de peur qu’il n’ait à rougir de l’action future ». Les trois visages représentant les trois moments de la vie : la vieillesse, la maturité et la jeunesse

L’allégorie du temps du Titien évoque l’expérience au travers de la vie. Le présent est vécu dans la conscience qu’il s’inscrit dans un ensemble et une durée (avant/après), dans une collection d’informations. L’expérience s’accumulant, mon projet s’enrichit. Les trois portraits du Titien se multiplient ici en une multitude de portraits pour n’en signifier qu’un seul.

La pratique du selfie témoigne d’une époque et intervient comme de multiples points de repères : géographiques, temporels et contextuels dans ma vie et ma pratique (« j’ai été ici »).
La première apparition du terme argotique de selfie connue est son emploi en septembre 2002 dans le forum australien en ligne ABC Online par un jeune homme ivre, le mot se développant d’abord dans ce pays (avec la mode de rajouter le suffixe « ie » à un terme argotique pour le rendre plus attachant) avant d’être utilisé couramment en 2012 dans les médias traditionnels du monde entier.

Capture d’interface du blog

Comme dans plusieurs de mes projets, j’utilise l’accumulation est la systématisation d’un procédé prédéfini pour développer un ensemble composé d’une multitude d’unités sérielles (grilles) . Après le « village global » d’IP Monochrome , la carte d’humeur mouvante (Zeitgeist) de la toile dessinée par GridFlow , je cherche ici, par une approche systématique similaire, à me représenter dans une globalité à travers mon environnement immédiat et mon mode de vie.

En intégrant l’idée d’expérience vécue, sensible (l’effort de la course, la présence physique), je souhaite faire revenir davantage la matérialité et le corps dans ma pratique artistique.

Si, dans sa projection, la course (à pied, en skate, en vélo), peut s’apparenter à une fuite vaine en avant, elle est pourtant intense et très concrète dans le moment présent. Elle est physique, puissante et connectée à l’environnement. 

Les traces ne sont rien par rapport au vécu ; je souhaite trouver le moyen de transmettre la réalité (physique) de cette expérience, proposer une façon de saisir un autoportrait sur une durée et une distance, élargir le projet pour rendre compte de la multiplicité des paysages parcourus.

Mon projet fait cohabiter des éléments paradoxaux tels que l’instantanéité du selfie et l’enregistrement du mouvement ou la confrontation du portrait et du paysage.

Ma réflexion se porte également sur le rapport entre ces données distinctes et l’influence que certaines pourraient avoir sur les autres : comment, par exemple, l’image pourrait-elle être influencée par l’expérience du corps et de la course plutôt que d’en attester ?