IP Monochrome

2006, site Internet.
http://www.reynalddrouhin.net/works/ipm/

Texte de Carole Rinaldi

Le dispositif

IPM ou « Internet Protocole Monochrome » fait référence à l’IKB « International Klein Blue » d’Yves Klein. La version numérisée du monochrome se confronte à la vision traditionnelle du monochrome en peinture. De 1948 : »(1948 est la date de création des premiers monochromes sur carton d’Yves Klein) »: à 2006, le monochrome est entré dans l’histoire comme un genre stigmatisé dans son seul apparat de « couleur seule », et c’est contre cette autonomie de la couleur et de l’œuvre que s’inscrit le travail de Reynald Drouhin.

Nulle couleur seule sans concept.

Du terme générique « IPM » plusieurs types de combinaisons appropriées au concept de l’œuvre apparaissent :

. International Position Map
. Identité Potentielle Monochrome
. Illimited Personal Movement
. Image Process Museum
. etc…

IP MONOCHROME est un dispositif interactif dans lequel le monochrome est envisagé à la fois comme une œuvre collective et autonome.

En se connectant sur le site de Reynald Drouhin, un individu lambda présent sur Internet génère un monochrome par l’intermédiaire de son adresse IP. Initialement codée en chiffres, son adresse IP est transformée en valeurs RVB (Rouge Vert Bleu). Ces valeurs sont elles- mêmes converties en code : »hexadécimal(Le système hexadécimal est un système de numération utilisant la base 16. Il utilise les 10 premiers chiffres arabes puis les 6 premières lettres de l’alphabet latin : 0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 A B C D E F. L’usage de précisément ces chiffres-là fut imposé mondialement par l’entreprise américaine IBM qui commença à l’utiliser depuis 1963. Il est actuellement le standard reconnu.) »:http://fr.wikipedia.org/wiki/Hexadécimal, donnant ainsi la référence-couleur « unique » de l’adresse personnelle de l’utilisateur. Le monochrome se génère donc immédiatement dès sa connexion sur le site et sans étapes visibles.

Le monochrome ainsi créé correspond à une adresse IP et non à une personne. Lorsque la connexion se rafraîchit, l’adresse IP change et l’utilisateur peut générer un monochrome différent – sauf dans le cas des IP fixes qui dépendent du type de connexion des utilisateurs.

Reynald Drouhin transforme l’utilisateur du réseau en créateur malgré lui et auteur d’un monochrome inconnu, car ni l’artiste ni l’utilisateur ne peuvent anticiper la couleur qui apparaît. Selon les pays, la tonalité des monochromes peut se ressembler mais il existe plusieurs millions de possibilités de créer un monochrome unique en puissance.

La mémoire active qui naît de ces connexions est participative et évolutive. Cliquer sur son propre monochrome renvoie à une mosaïque multicolore et espacée, sorte de collection de monochromes qui aligne l’enregistrement des connexions précédent la vôtre. En haut à gauche de votre écran, votre monochrome apparaît en petit format et vous découvrez votre œuvre en réseau. Ces couleurs sont des fragments de tous ceux qui se sont connectés avant vous, une mosaïque du monde secret des connexions dans le non lieu du réseau.

Comme de nombreux monochromes peints, ces œuvres virtuelles apparaissent sans titre et sans signature. Les auteurs sont absents, mais si l’on isole à nouveau son monochrome, une fenêtre pop up s’ouvre et fait apparaître les informations suivantes :

. date de création du monochrome
. pays
. couleur (codée en html – hexadécimale)
. nombre de visites pour son propre monochrome
. collections ou nombre de pages regroupant les monochromes par vignettes de 400
. nombre total de monochromes engendrés

Un véritable catalogue numérique de votre passage et de votre identité propre sur Internet se recompose dans la multitude de couleurs engendrées.

Un « Autre » monochrome

Comme autant de particules de l’incommensurable et de l’extensible réseau, vous êtes fichés et repérables sans qu’on vous reconnaisse ni vous interpelle. Vous êtes dans l’appartenance mais vous n’avez pas de prise sur votre couleur. Celle-ci vous est lointaine ou proche, vous ne la désirez pas ou elle vous plait beaucoup. C’est la vôtre mais elle ne vous appartient pas. Elle échappe à votre volonté et à votre contrôle. L’autre monochrome apparaît à côté du vôtre. Vous rencontrez « l’autre monochrome, dans son sens psychanalytique même » : »(Pour reprendre les propos de Reynald Drouhin.) »:. Vous existez ensembles. Vous ne serez pourtant probablement jamais côte à côte dans la « vraie » vie, ou si vous vous retrouvez un jour côte à côte dans le Métro, ou dans un tout autre lieu commun, personne d’autre que votre IP MONOCHROME révélé par Reynald Drouhin ne le saura.

Une œuvre IN et OUT

IP MONOCHROME n’a pas l’intention de rester enfermé dans la toile : »(Le net.) »: car Reynald Drouhin étudie les aspects de l’œuvre IN et OUT. Votre monochrome sera également bien réel et palpable, puisque l’artiste décide de l’extraire du réseau. Votre aplat de couleur parfait sort de l’ordinateur, et d’image sur écran, il devient photographie monochrome, en tirage couleur diasec. Il s’agit du même monochrome, mais il change de format, s’individualise et s’autonomise. Il mesure 2 fois 30 cm x 30 cm, et se présente sous forme de diptyque en reprenant la mosaïque globale et en affichant la fenêtre pop up avec les références correspondantes. Votre monochrome entre dans l’histoire de l’art.

http://www.incident.net/works/ipm/

IP Monochrome est une Production LUDART, Poitou-Charentes – France.

Une œuvre “non intentionnelle” Publié le 15 décembre 2011 par Dominique Moulon
La place du spectateur, quant à l’œuvre, n’a cessé d’évoluer au fil des siècles. Et les technologies du numérique, récemment, ont accéléré le processus. Les pratiques se font de plus en plus collectives et les expériences résolument participatives. Les créations qu’Aram Bartholl documentés sur son site ont été réalisées durant des workshops, alors que le titre du dernier catalogue de Lawrence Malstaf est des plus explicite : « Exhibiting the visitor » ! Mais qu’en est-il de ces œuvres que l’on participerait à concevoir non intentionnellement. ”IP Monochrome”, de Reynald Drouhin, compte parmi celles-ci car se rendre à l’url incident.net/works/ipm revient à créer l’aplat de couleur qui correspond à son adresse IP, sans même s’en apercevoir. Et le dispositif est massivement collaboratif puisqu’il a, depuis 2006, accumulé plus d’un million six cent mille monochromes. Les pastilles colorées, qui témoignent d’autant d’expériences et sont assemblées en d’innombrables nuanciers se succédant, portent les adresses de leurs auteurs, ou de leurs machines. Nous collectionnons ainsi nos monochromes virtuels, à défaut de posséder des peintures d’Yves Klein. Et leur assemblage, en matrice, n’est pas sans évoquer un autre artiste de la couleur pure : Gerhard Richter. Toutefois, force est de reconnaître que ce sont nos machines, se connectant entre elles selon d’obscures protocoles, qui décident des teintes, saturations et luminosités de nos participations, sans même nous solliciter, car elles s’attribuent elles-mêmes les adresses témoignant de nos positions sur la toile, dans le virtuel.

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4 Comments

  1. Le projet IP Monochrome est simple en apparence : un site web collectionnant des monochromes générés lors de la connection (visite) de chaque internaute.

    L’adresse ip (Internet protocol) est le numéro personnel attribué à chaque ordinateur qui se connecte à Internet. Celle-ci est récupérée lors de la visite de l’utilisateur sur le site et est traduite en code couleur html. La couleur alors générée est un monochrome qui viendra s’accumuler dans une base de donnée, une galerie archivée, une collection de connection.

    Ce projet conceptuel permet de générer des monochromes “uniques » puisque dépendant de l’adresse ip du visiteur. IP M est un projet participatif, génératif, évolutif, expansif, …

    Projet en ligne courant septembre : http://www.incident.net/works/ipm/

  2. http://turbulence.org/blog/2007/11/13/monochrome-by-reynald-drouhin/

    Monochrome by Reynald Drouhin: The Monochromes paintings have been a keystone in the Art history. They were first introduced as a critical caricature, on a humoristic tone, but they soon became a way to state strong views and conceptual intentions. The Monochromes stand at the intersections between pure perception and abstract concepts.

    By painting monochromes, artists have tried to approach infinity through emptiness. One can ask if not showing any image equals to void… But isn’t the only real void monochrome the bare canvas waiting for a concept, for a creator?

    What are the links between “Monochrome“ and the digital trio “computer / data processing / internet”? Are they compatible? At first, there seems to be an immense gap between them: one seems very simple, the other too technological.

    We all experience the fact that a computer is a machine that crashes, bugs and produces errors. It often ends up as a blue screen. Sometimes the screen shows a number referring to the error, most of the time it remains completely blank. In a certain way, the blue screen of the computer, with its emanating light, is as ideal as a monochrome painting. Even turned off, deprived from any signal, the computer screen stares at us with all its blackness.

    And on the Internet, the monochrome is most coherent: this media and this genre both deal with the same immateriality, the same unseen, the same virtuality. Take for instance the colour background of an Html page, as revealed in one of the first internet work: “Unendlich, fast…” by artist Holger Friese in 1995: a perfect, smooth, impalpable, flat blue coloured page.

    Yves Klein’s main preoccupation was the idea of the immateriality in art. Working with the Klein blue was a way to question the meaning of art as a whole and to apply a philosophy to the Monochrome.

    What is more immaterial than computer data? Didn’t we speak about virtual reality for long enough? The Internet has the capacity to challenge and redefine the notion in a very creative way, still keeping the claim to strong concept and identity. The monochrome has now to integrate new components: time, space and geographical location, generation, sharing, participative construction, and randomness, to list only a few.

    The network will bring a new life to the Monochrome. A virtual one. What is yours going to look like?

  3. http://nt2.uqam.ca/fr/repertoire/ip-monochrome

    AUTEUR·E·S: GALAND, SANDRINE

    Avec l’oeuvre IP Monochrome (ou «Internet Protocol Monochrome»), Reynald Drouhin propose une relecture informatique du concept de monochrome, clin d’oeil au peintre Yves Klein et à son IKB (ou «International Klein Blue», teinte de bleu profond brevetée le 19 mai 1960 à l’Institut national de la propriété industrielle). Toute connexion sur le site d’IP Monochrome génère automatiquement un nouveau monochrome. En effet, les chiffres composant chaque nouvelle adresse IP détectée sont immédiatement transformés en valeurs hexadécimales [1] RVB («rouge vert bleu», format de codage informatique des couleurs utilisé par la majorité des écrans), offrant une référence-couleur unique. Ainsi, chaque monochrome ne correspond pas à un individu, mais plutôt à une adresse IP. Tous les monochromes générés sont conservés et placés en mosaïque selon l’ordre des connexions enregistrées. L’oeuvre engendrée est donc à la fois autonome et collective. L’internaute, créateur malgré lui, n’a aucune influence sur la couleur de «son» monochrome et voit sa création s’insérer, anonyme, dans l’immensité du réseau. Les seules informations reliées à la nouvelle teinte seront sa date de création, le pays de connexion, sa couleur codée en html-hexadécimal, le nombre de visites ainsi que le nombre total de monochromes engendrés. Notons que Reynald Drouhin continue son exploration des monochromes numériques avec le projet IPC («Internet Protocol City»).

    [1] Le système hexadécimal est un système de numération positionnel en base 16. Il utilise 16 symboles, en général les chiffres arabes pour les dix premiers chiffres et les lettres A à F pour les six suivantes. […] Ce format est largement utilisé en informatique, car il offre une conversion facile avec le système binaire employé par les ordinateurs. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Hexad%C3%A9cimal)

  4. https://www.franceinter.fr/culture/art-numerique-fiac

    Comprendre l’art numérique avant d’aller à la FIAC
    Publié le jeudi 19 octobre 2017 à 6h19 par Marion Aquilina

    C’est parti pour les quatre jours de la FIAC à Paris. Pour crâner à côté de vos amis fans d’art contemporain, nous vous donnons quelques clés pour comprendre l’art numérique.

    43e édition de la FIAC au Grand-Palais, à Paris en 2016 © Maxppp / Thomas Padilla
    La Foire internationale d’art contemporain débute ce jeudi 19 octobre 2017 à Paris. Quand on n’est pas expert en la matière, ce n’est pas forcément évident de s’y retrouver parmi les 193 galeries issues de 30 pays, notamment quand il s’agit d’art numérique. Un art qui utilise ou détourne des supports virtuels venus de la vidéo, d’internet ou autre.

    Le mapping vidéo ou la fresque lumineuse

    Lors de la Fête des lumières à Lyon en 2010, le collectif 1024 Architecture a projeté un « mapping interactif » sur la façade du théâtre des Célestins. En parlant dans un micro, les spectateurs pouvaient directement déformer les images lumineuses projetées sur le monument. Cette technique permet de créer une sorte de seconde peau aux bâtiments.

    Le net art

    À (ré)écouter
    CULTURE

    Ces Internets qui pensent à l’avenir
    Cet art en ligne est très difficile à quantifier et à localiser. Plusieurs plates-formes centralisent des créations, c’est le cas de rhizome.org ou incident.net, créée en 1994 par Grégory Chatonsky et Karen Dermineur. En 2006, Reynald Drouhin réalise un dispositif interactif qui permet de concevoir un monochrome. Lorsque chaque internaute se connecte sur le site de l’artiste, une couleur est générée par un programme informatique. Elle correspond à l’adresse IP du visiteur. IP Monochrome est considérée comme une œuvre collective et autonome.

    IP Monochrome a été réalisé en 2006 par Reynald Drouhin / Capture d’écran du site de l’artiste
    Les installations de réalité virtuelle générative et interactive

    Comme pour le mapping, pouvoir interagir avec l’œuvre numérique est souvent séduisant pour le public. On imagine que peu de personnes ont réussi à lever la tête face aux « Magic Carpets » de Miguel Chevalier. L’artiste français a proposé un voyage pour les yeux et les pieds en projetant des « tapis volants » sur le sol dont les motifs changent selon les pas des spectateurs. Miguel Chevalier utilise et intègre l’informatique dans ses créations depuis les années 70.

    Les robots

    L’art numérique peut être robotique, à l’image du « technodrome » de Bill Vorn et Louis-Philippe Demers. Lors de l’exposition « Prosopopées » au Centquatre, des spectateurs ont pu avoir l’impression de se retrouver dans un film de science-fiction pendant quelques minutes. Ils avaient enfilé des costumes et se sont retrouvés contraints de danser sous l’emprise de ces exosquelettes dont les mouvements sont programmés à l’avance. Une performance intitulée Inferno qui tend à mettre au jour les limites de la mécanique.

    Life-logging

    Life-logging est l’activité qui consiste à enregistrer tous les moments de sa vie. C’est ce que fait l’artiste Hasan Elahi. En 2002, il est arrêté et interrogé par le FBI car il est soupçonné de terrorisme. Après une longue lutte pour prouver son innocence, il reste tout de même sous surveillance et c’est le point de départ de son oeuvre Tracking Transience.

    Tracking Transience est le travail de l’artiste américain Hasan Elahi / Capture d’écran
    Hasan Elahi décide d’anticiper cette surveillance – tout en la dénonçant – en informant les services secrets de tous ses faits et gestes : ses repas, ses déplacements, les émissions télé qu’il regarde jusqu’aux draps défaits de son lit… Il a expliqué que pour protéger au mieux sa vie privée, il fallait la rendre publique. Cet artiste de 35 ans porte en permanence un GPS sur lui et chaque internaute peut suivre les étapes de son quotidien.

    Mots-clés : Culture art contemporain Paris numérique

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