Cité

 

Cité est une sculpture en bois brûlé construite à partir d’un protocole issu du réseau Internet. Des adresses IP collectées lors de connexions sont traduites en dimensions : chaque adresse détermine l’épaisseur et la hauteur d’une tour monochrome disposée sur une grille de 16 × 16. La succession des passages produit ainsi progressivement une ville.

La donnée numérique acquiert ici une présence matérielle. Une adresse, normalement invisible et transitoire, devient architecture, volume et mémoire. Chaque tour conserve la trace d’une connexion, mais aucun corps n’apparaît. La multitude des présences individuelles engendre paradoxalement une cité déshumanisée, dense et silencieuse.

Cette contradiction traverse l’ensemble de la sculpture. Internet a longtemps porté l’imaginaire d’un « village global », d’un espace capable de rapprocher les individus et d’abolir les distances. Cité matérialise cette promesse sous la forme d’une concentration verticale presque oppressante. Plus les connexions s’accumulent, plus la ville se construit ; mais plus elle se construit, plus l’individu disparaît derrière l’architecture qu’il contribue à produire.

Le choix du bois brûlé accentue cette ambiguïté. La ville semble à la fois construite et déjà consumée, monumentale et ruinée, projetée vers le futur et marquée par une catastrophe passée. Le noir ne recouvre pas simplement les volumes : il inscrit dans la matière une temporalité incertaine, entre édification et effondrement.

Précédée par la maquette de Cité B., construite en carton noir puis détruite par le feu, Cité prolonge cette recherche en donnant une matérialité durable à la ville envisagée. Là où la maquette expérimentait sa disparition, la sculpture fixe provisoirement son architecture.

Entre données, réseau et sculpture, Cité ne représente donc pas Internet comme un espace abstrait. Elle donne une forme physique à l’accumulation de ses connexions. La ville devient la mémoire monumentale de passages invisibles : chacun contribue à sa construction, tandis que personne ne l’habite.

IMG-1097

Cité, 2008-10, sculpture en bois brulé, socle en plexiglass, 79 x 79 x 158 cm. IMG-1099 IMG-1100 IMG-1107 IMG-1105

in situ 2024

Cité is a sculpture in charred wood built from a protocol derived from the Internet. IP addresses collected through connections are translated into dimensions: each address determines the thickness and height of a monochrome tower placed on a 16 × 16 grid. The succession of visits gradually produces a city.

Digital data acquires a material presence here. An address, normally invisible and transient, becomes architecture, volume, and memory. Each tower preserves the trace of a connection, yet no body appears. The accumulation of individual presences paradoxically generates a dense, silent, and dehumanized city.

This contradiction runs throughout the sculpture. The Internet has long carried the image of a “global village,” a space capable of bringing individuals closer together and overcoming distance. Cité materializes that promise as an almost oppressive vertical concentration. The more connections accumulate, the more the city is built; yet the more it grows, the more the individual disappears behind the architecture they help produce.

The use of charred wood intensifies this ambiguity. The city appears at once constructed and already consumed, monumental and ruined, projected toward the future yet marked by a past catastrophe. Black does not simply cover the volumes; it inscribes an uncertain temporality into the material, suspended between construction and collapse.

Preceded by the model for Cité B., built from black cardboard and then destroyed by fire, Cité extends this research by giving lasting material form to the imagined city. Where the model experimented with disappearance, the sculpture provisionally fixes its architecture.

Between data, network, and sculpture, Cité does not represent the Internet as an abstract space. It gives physical form to the accumulation of its connections. The city becomes a monumental memory of invisible passages: everyone contributes to its construction, while no one inhabits it.