Ghost Walk

Présentée en 2008-2009 à la galerie Numeriscausa à Paris, Ghost Walk réunit un ensemble d’œuvres autour d’une même question : quelle forme donner aux présences anonymes et immatérielles qui traversent les réseaux ?

Le titre Ghost Walk joue sur plusieurs significations. L’expression peut désigner une promenade à travers des lieux réputés hantés, mais elle appartient aussi à un registre familier où « ghost walk » signifie s’éclipser discrètement, quitter un lieu sans prévenir ni dire au revoir. Ces deux sens se superposent dans l’exposition : parcourir un territoire peuplé de présences absentes, mais aussi y passer soi-même, laisser une trace puis disparaître.

Dans I.P.C. (Internet Protocol City), les connexions des internautes sont transformées en architectures. Chaque adresse IP devient un élément d’une ville en perpétuelle recomposition, constituée par les passages successifs de visiteurs qui ne se rencontrent pas et dont seuls subsistent des identifiants et des traces. La ville apparaît ainsi comme un territoire paradoxal : construite par une multitude de présences humaines, elle demeure pourtant vide de corps.

L’exposition déplace cette logique du réseau vers l’espace physique. Cité matérialise en bois brûlé l’architecture issue d’I.P.C., tandis que Plan en réduit la structure à une grille. Les photographies Smokes et Ghost Fair introduisent des formes plus incertaines, entre apparition, disparition et paysage urbain. Les néons Keyword et System Failure font quant à eux entrer dans l’exposition le vocabulaire des moteurs de recherche et de la défaillance informatique.

Un imaginaire de science-fiction traverse l’ensemble : villes désertées, tours obscures, fumées, systèmes défaillants et présences difficiles à localiser. Il ne s’agit cependant pas de construire un récit futuriste, mais d’utiliser ces formes pour rendre perceptible une transformation déjà à l’œuvre. Dans le réseau, l’individu peut être présent sans apparaître, localisé par une donnée tout en restant anonyme, physiquement ailleurs mais actif dans un espace partagé.

Le fantôme n’est donc pas seulement une figure surnaturelle. Il devient une manière de penser la présence dans les réseaux : être là sans être physiquement présent, apparaître sous la forme d’une adresse, d’une connexion ou d’une donnée, puis s’effacer. Le « walk » désigne autant le parcours du visiteur que ce mouvement de passage et de retrait.

La promenade annoncée par le titre devient ainsi ambiguë. Le visiteur parcourt un territoire peuplé de traces et de présences absentes, mais il appartient lui-même à ce monde. Sa connexion, son passage et les données qu’il produit font de lui un autre fantôme du réseau. Le déplacement ne mène donc pas seulement à la rencontre de figures spectrales : il révèle progressivement la condition du visiteur dans l’espace numérique.

Ghost Walk met ainsi en relation réseau et territoire, présence et absence, données et architecture, monde physique et espace numérique. L’exposition constitue un point de convergence entre plusieurs recherches qui se poursuivront ensuite dans le travail : rendre perceptibles les infrastructures du réseau et donner une forme aux traces invisibles produites par ceux qui les traversent.


2008-09, vues de l’exposition Ghost Walk du 14 novembre 2008 au 14 janvier 2009 à la galerie Numeriscausa, Paris. (affiche de l’exposition)








Autres vues de l’exposition Ghost Walk

Projets présentés : (Courtesy de l’artiste)
System Failure, 2008, néon vert clignotant monté sur plexiglass, 140 x 18 cm.
Cité, 2008, sculpture en bois brulé, 79 x 79 x 79 cm.
Plan, 2008, sérigraphie sur papier, 60 x 70 cm, 50 exemplaires.
I.P.C. 1 & 2, 2007, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 67,50 x 67,50 cm.
I.P.C. 4, 2008, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 67,50 x 67,50 cm.
I.P.C. Internet Protocol City, 2008, site web.
Smokes, 2008, série de 15 photographies, 30 x 45 cm.
Ghost Fair, 2008, série de 32 photographies “infra-rouge”, 150 x 100 cm.
Keyword, 2008, néon rouge monté sur plexiglass, 40 x 15 cm.
Monochrome(s) R., 2006, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 84,67 x 84,67 cm.


resented in 2008-2009 at Galerie Numeriscausa in Paris, Ghost Walk brings together a group of works around a common question: what form can be given to the anonymous and immaterial presences that move through networks?

The title Ghost Walk plays on several meanings. The expression can refer to a walk through places believed to be haunted, but it can also evoke the act of slipping away discreetly, leaving without warning or saying goodbye. These meanings overlap within the exhibition: moving through a territory inhabited by absent presences, but also passing through it oneself, leaving a trace, then disappearing.

In I.P.C. (Internet Protocol City), Internet connections are transformed into architecture. Each IP address becomes an element within a city in constant recomposition, built from the successive passages of visitors who never meet and of whom only identifiers and traces remain. The city thus appears as a paradoxical territory: constructed by a multitude of human presences, yet devoid of bodies.

The exhibition shifts this network logic into physical space. Cité materializes the architecture generated by I.P.C. in charred wood, while Plan reduces its structure to a grid. The photographs Smokes and Ghost Fair introduce more uncertain forms, suspended between appearance, disappearance, and urban landscape. The neon works Keyword and System Failure bring the vocabulary of search engines and computer failure into the exhibition space.

An imaginary of science fiction runs through the whole exhibition: deserted cities, dark towers, smoke, failing systems, and presences that are difficult to locate. The aim, however, is not to construct a futuristic narrative, but to use these forms to make perceptible a transformation already at work. Within the network, an individual can be present without appearing, located through data while remaining anonymous, physically elsewhere yet active within a shared space.

The ghost is therefore not merely a supernatural figure. It becomes a way of thinking about presence within networks: being there without being physically present, appearing as an address, a connection, or a piece of data, and then fading away. The “walk” refers both to the visitor’s passage and to this movement of appearance and withdrawal.

The walk announced by the title thus becomes ambiguous. The visitor moves through a territory populated by traces and absent presences, but also belongs to that world. Their connection, passage, and the data they produce turn them into another ghost of the network. Movement therefore does not simply lead to encounters with spectral figures: it gradually reveals the visitor’s own condition within digital space.

Ghost Walk thus brings together network and territory, presence and absence, data and architecture, physical world and digital space. The exhibition forms a point of convergence between several lines of research that continue throughout the work: making network infrastructures perceptible and giving form to the invisible traces produced by those who pass through them.