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A l’air de l’Anthropocène, béton et goudron ont à tout jamais bouleversé le paysage, désormais urbanisé : selon l’ONU, près de 70 % de la population mondiale vivra en ville d’ici 2050 contre « seulement » 55 % aujourd’hui.
Ce bon de 15 % en 30 ans induira des déplacements des populations des campagnes vers les villes, et plus largement de d’autres pays. Ces mobilités vont d’autant plus augmenter que les catastrophes naturelles dues au réchauffement climatique vont s’accélérer, tout cela doublé des guerres et conflits qui obligent des milliers de personnes à fuir leur territoire dans l’urgence.

Cette urgence engendre une mobilité précaire, dangereuse, parfois illégale. Les exilés redoublent d’inventivité pour détourner le peu d’affaires et de matériaux qu’ils possèdent ou bien qu’ils trouvent sur place afin de se construire un abri. L’abri les protège des aléas, il est l’écart entre leurs corps et un environnement potentiellement hostile, mais le confort y est mis entre parenthèses. Actuellement plus de 75 millions de personnes dans le monde sont en situation de déplacements forcés, dans un entre-deux où elles n’ont ni racines, ni ancrage, plus aucune identité.

Michel Agier dans Un Monde de camps observe un « encampement du monde » : ces populations habitent le mouvement, et les camps se multiplient et se banalisent sur tous les territoires. Les exilés subissent le voyage et sont contraints à survivre dans une mobilité sans fin : « habiter le campement, c’est s’abriter dans un habitat temporaire qui peut durer » – Habiter le campement, Cité de l’architecture et du patrimoine.