End play

End Play est une vidéo de huit minutes réalisée en 2012. Filmées en très gros plan, de petites voitures d’enfant sont progressivement dévorées par les flammes jusqu’à ce que leurs carrosseries de plastique se déforment, fondent et se confondent en une masse informe. Le cadrage abolit presque toute notion d’échelle : ce qui n’est qu’un petit bûcher de jouets prend momentanément l’apparence d’un paysage de catastrophe.

L’œuvre se construit précisément dans cette ambiguïté. Elle convoque l’accident, la destruction automobile, l’incendie ou la fin d’un monde, mais ces images spectaculaires sont produites avec des objets minuscules appartenant à l’univers de l’enfance et du jeu. La violence de la scène reste ainsi constamment traversée par quelque chose de dérisoire, presque ludique. Le jeu devient destruction, tandis que la destruction conserve la dimension d’un jeu.

La combustion opère également une transformation de la matière. Les automobiles, objets associés au déplacement, à la vitesse et à une certaine idée du progrès technique, deviennent progressivement immobiles et méconnaissables. Le plastique ne disparaît pas immédiatement : il se rétracte, coule, fusionne et produit de nouvelles formes. La vidéo observe moins un événement spectaculaire qu’un processus irréversible de transformation.

Le feu introduit cependant une autre temporalité. Le crépitement des flammes, leur mouvement continu et leur extinction progressive produisent une fascination proche de celle du feu contemplé longuement. À l’imaginaire apocalyptique se superpose alors une forme plus silencieuse de mélancolie. Le spectacle de la destruction devient aussi celui du temps qui consume et transforme. Cette ambivalence entre catastrophe et contemplation est également relevée par Gunnar Schmidt, qui rapproche la vidéo de la mélancolie du feu de camp plutôt que d’un spectacle purement hypnotique.

Le titre End Play maintient cette indécision entre fin et jeu. Il peut faire résonner Endgame (Fin de partie) de Samuel Beckett, comme l’observe Schmidt, mais il décrit aussi littéralement ce qui se déroule à l’écran : la fin d’un jeu, obtenue par la destruction de ses propres objets.

Video 8 min.


End Play is an eight-minute video created in 2012. Filmed in extreme close-up, small toy cars are gradually consumed by flames until their plastic bodies deform, melt, and merge into an indistinct mass. The framing almost entirely erases any sense of scale: what is in fact a small pile of burning toys temporarily takes on the appearance of a catastrophic landscape.

The work is built precisely around this ambiguity. It evokes accident, automotive destruction, fire, or the end of a world, yet these spectacular images are produced with tiny objects belonging to the realm of childhood and play. The violence of the scene is therefore constantly crossed by something trivial, almost playful. Play becomes destruction, while destruction retains the scale of a game.

Combustion also acts as a transformation of matter. Cars, objects associated with movement, speed, and a certain idea of technological progress, gradually become motionless and unrecognizable. The plastic does not simply disappear: it contracts, flows, fuses, and generates new forms. The video observes less a spectacular event than an irreversible process of transformation.

Fire introduces another temporality as well. The crackling flames, their continuous movement, and their gradual extinction produce a fascination close to that of watching a fire for a long time. The apocalyptic imagery is overlaid by a quieter form of melancholy. The spectacle of destruction also becomes the spectacle of time consuming and transforming matter.

The title End Play preserves this uncertainty between ending and play. It may evoke Samuel Beckett’s Endgame, but it also describes quite literally what unfolds on screen: the end of a game, brought about through the destruction of its own objects.