Commencée en 2001, Origines est une série photographique issue d’un processus de recomposition automatique d’images trouvées sur Internet. Une image-source sert de matrice, tandis que des milliers d’images récupérées sur le Web sont classées selon leur teinte, leur saturation et leur luminosité, puis assemblées pour en restituer progressivement la structure.
La première œuvre de la série réinterprète L’Origine du monde de Gustave Courbet. L’image historique n’est ni reproduite ni simplement détournée : elle est reconstruite à partir d’un autre corpus, celui des images qui circulent alors sur Internet. Chaque fragment possède sa propre origine, son propre contexte et son propre contenu, mais devient momentanément la composante d’une image collective.
Ce processus, qualifié de « défragmentation de l’Internet par l’image », transforme le réseau en une immense base de données visuelle. Les moteurs de recherche et les systèmes d’indexation déterminent ce qui peut être trouvé, tandis que l’algorithme organise ces fragments selon les caractéristiques de l’image matrice. Deux logiques se rencontrent ainsi : celle d’une image préexistante et celle, mouvante, de l’archive du Web.
Le résultat reste nécessairement instable. Les images disponibles en ligne, leur indexation et leur classement évoluent constamment. Une recomposition effectuée quelques instants, quelques mois ou plusieurs années plus tard ne pourrait donc jamais être exactement identique. Chaque photographie fixe un état provisoire du réseau à travers une image qui lui préexistait.
Avec Butterfly # Om, Eye # Om ou Skull # Om, le processus se prolonge vers d’autres matrices et d’autres ensembles d’images. Le terme « origine » se déplace alors : il ne désigne plus seulement l’image de Courbet, mais la question même de la provenance. D’où vient une image lorsqu’elle est constituée de milliers d’autres images ? De la matrice qui l’organise, des fragments qui la composent, du réseau qui les rend accessibles ou du protocole qui les rassemble ?
Origines situe précisément l’image dans cet espace intermédiaire. À distance, une représentation s’impose ; de près, elle se disperse en une multitude d’images autonomes. L’unité apparaît à partir de la fragmentation, tandis que l’Internet devient simultanément matériau, archive et mémoire provisoire.
Série de photographie Origine du Monde (Origines).

L’Origine du Monde, 2001, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 56 x 46 cm.

Butterfly # Om, 2002, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 56 x 46 cm.

Eye # Om, 2002, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 56 x 46 cm.

Skull # Om, 2002, tirage lambda sur diasec avec chassis aluminium, 56 x 46 cm.
« L’Internet comme source de données. Au début des années 2000, Reynald Drouhin pratique ce qu’il nomme la « défragmentation de l’Internet par l’image ». Considérant le réseau mondial comme la plus importante des bases de données participatives, il y puise des images de manière automatique selon leur nom d’indexation, avant de les assembler. Car l’application qu’il a conçue à cet effet lui permet de les organiser automatiquement selon leur teinte, leur saturation et leur luminosité au sein d’une matrice composée elle-même d’une image mère en fond. Une fois rassemblées, les images préalablement déposées sur le web deviennent comme les membres d’une même famille découvrant les parents que révèle l’extension de leur arbre généalogique. C’est le mot d’index Butterfly « papillon » en anglais, qui a permis à RD de réinterpréter l’Origine du monde de Gustave Courbet à un instant T. quelques secondes plus tôt, ou plus tard, le résultat aurait été tout autre car l’Internet est un matériau des plus instables. » Dominique Moulon in Art contemporain nouveaux médias, 2013, Scala.
“At the beginning of the 2000’s, Reynald Drouhin began practicing what he calls the “defragmentation of the Internet by the image”. Considering the world-wide-web to be the biggest participative database, he takes images from it automatically based on their indexing name before assembling them. The application that he has conceived to this end allows him to automatically organise them according to their tint, their saturation and their luminosity in a matrix composed itself of a master image in the background. Once assembled, the images previously loaded onto the web become members of the same family discovering they have parents that reveal the extent of their family tree. It is the word Butterfly that allows Reynald Drouhin to reinterpret The Origin of the World by Gustave Courbet at any given moment. A few seconds earlier or later and the result would be completely different, as the Internet is comprised of the most unstable material.” Dominique Moulon in « Art contemporain nouveaux médias, (L’Internet comme source de données) », 2013, Scala.
Begun in 2001, Origines is a photographic series based on an automatic process of recomposing images found on the Internet. A source image serves as a matrix, while thousands of images retrieved from the Web are classified according to hue, saturation, and brightness, then assembled to progressively reconstruct its structure.
The first work in the series reinterprets Gustave Courbet’s The Origin of the World. The historical image is neither reproduced nor simply appropriated: it is reconstructed from another corpus, that of the images circulating online at the time. Each fragment has its own origin, context, and content, yet temporarily becomes part of a collective image.
This process, described as a “defragmentation of the Internet through images,” transforms the network into a vast visual database. Search engines and indexing systems determine what can be found, while the algorithm organizes these fragments according to the characteristics of the source image. Two logics thus intersect: that of a pre-existing image and that of the constantly shifting archive of the Web.
The result is necessarily unstable. Online images, their indexing, and their ranking are constantly changing. A recomposition generated moments, months, or years later could never be exactly identical. Each photograph fixes a provisional state of the network through an image that existed before it.
With Butterfly # Om, Eye # Om, and Skull # Om, the process extends to other matrices and other sets of images. The notion of “origin” therefore shifts: it no longer refers only to Courbet’s image, but to the question of provenance itself. Where does an image come from when it is composed of thousands of other images? From the matrix that organizes it, the fragments that constitute it, the network that makes them accessible, or the protocol that brings them together?
Origines situates the image precisely within this intermediate space. From a distance, a single representation imposes itself; up close, it disperses into a multitude of autonomous images. Unity emerges from fragmentation, while the Internet becomes simultaneously material, archive, and provisional memory.
